
Jeanne Baret est la première femme à avoir réalisé un tour du monde. Originaire des collines du Morvan, elle rejoint l’expédition botanique de Bougainville déguisée en homme afin de contourner les interdictions faites aux femmes. Elle parcourt ainsi les mers du monde entier, de l’île Maurice à la pampa sud-américaine, jusqu’au détroit de Magellan, participant aux collectes naturalistes des savants embarqués. Malgré cette transgression, son talent sera finalement reconnu par Louis XVI lui-même en la qualifiant de « femme extraordinaire ».
Enfance dans le Morvan
Née vers 1740 à La Comelle, en Saône-et-Loire, Jeanne Barret grandit dans un milieu modeste. Fille de Jean Barret et de Jeanne Pauchard, elle perd sa mère très jeune. Par la suite, Jeanne est élevée par plusieurs belles-mères au gré des remariages de son père. Celui-ci meurt également en 1755, alors qu’elle n’a que 15 ans. Cependant, des recherches historiques récentes mettent en doute cette affiliation et l’identité exacte de Jeanne Barret est incertaine.
Dès l’âge de sept ans, Jeanne devient bergère, une activité courante dans les campagnes du XVIIIe siècle. On peut supposer que son intérêt pour les plantes et ses talents de cueilleuse vient de cette expérience. En revanche, l’éducation qu’a pu recevoir Jeanne est un mystère. À cette époque, la grande majorité des paysans était analphabète. Or, il est avéré que Jeanne Barret savait lire et écrire, puisqu’elle a rédigé des documents sur la botanique et a signé des actes officiels.
Rencontre avec Philibert Commerson
A 17 ans, Jeanne déménage à Toulon-sur-Arroux pour entrer au service du médecin et naturaliste Philibert Commerson. Ce dernier est né en 1727 à Châtillon-sur-Chalaronne et est un savant reconnu dans l’étude des plantes. Jeanne devient bien plus qu’une gouvernante : elle apprend, observe et participe activement aux travaux botaniques. Leur relation dépasse le cadre professionnel… et Jeanne tombe enceinte. En 1764, le couple s’installe à Paris, près du Jardin du Roi. Là, Commerson fréquente des savants influents comme Louis-Guillaume Lemonnier, Jérôme Lalande ou encore Pierre Poivre.
Après avoir perdu le Canada en 1763 et les Malouines en 1765, Louis XV cherche à redorer l’image du Royaume de France. Son ministre, le duc de Choiseul, s’associe à Louis Antoine de Bougainville pour mettre sur pied une circumnavigation aux objectifs à la fois politiques, économiques et scientifiques. Le naturaliste Philibert Commerson est choisi pour accompagner l’expédition. Le 15 décembre 1766, le botaniste et un curieux valet nommé Jean Barret quittent Paris pour rejoindre Rochefort.
Tour du monde

La présence de femme à bord des navires royaux est strictement interdite. Pour pouvoir accompagner Philibert Commerson, Jeanne Barret est contrainte de se travestir en homme sous l’identité de « Jean Baré ». Pour maintenir sa couverture, elle adopte les comportements masculins et limite ses interactions avec l’équipage. Le 1er février 1767, Jeanne embarque sur le navire L’Étoile en tant que valet du naturaliste.
Durant la circumnavigation, Jeanne Barret joue un rôle clé dans les collectes des plantes aux côtés de Philibert Commerson. Elle participe aux explorations, collecte et répertorie plusieurs milliers d’échantillons. Ce travail se déroule dans des conditions difficiles, entre climats tropicaux, fatigue, maladies et vie éprouvante à bord, tout en devant constamment dissimuler son identité.
La découverte de son sexe intervient probablement en 1768, à Tahiti, où les habitants l’identifient dès leur première entrevue et s’exclament « vahiné ». D’autres récits évoquent une révélation progressive auprès de l’équipage. Quoi qu’il en soit, cette découverte met fin à son travestissement. Les conséquences restent limitées : Bougainville, bienveillant, ne prononce pas de sanction immédiate, probablement eu égard à son utilité scientifique.
Nouveau départ à l’Ile de France
En 1768, Commerson et Jeanne débarquent à l’île de France (actuelle île Maurice), colonie française de l’océan Indien. Commerson, trop affaibli pour poursuivre le voyage, choisit de rester pour continuer ses recherches dans cette région riche en espèces nouvelles. Jeanne demeure à ses côtés, poursuivant leur collaboration scientifique.
Philibert Commerson meurt le 13 mars 1773, laissant Jeanne Barret seule dans la colonie de l’Isle de France. Le 12 août 1770, elle ouvre un cabaret grâce à une concession reçue de l’intendant Pierre Poivre. La gestion de cette auberge lui permet d’assurer son indépendance financière et de mettre de l’argent de côté. Par la suite, Jeanne Barret rencontre Jean Dubernat, un tambour-major dans la Légion de l’Isle de France. Leur mariage sera célébré le 17 mai 1774 à la cathédrale de Port-Louis.
Retour en France
Après leur retour en France en 1775, Jeanne Barret et Jean Dubernat s’installent en Aquitaine, à Saint-Antoine-de-Breuilh, après un bref passage à Sainte-Foy-la-Grande. Jeanne récupère en 1776 l’héritage du naturaliste Philibert Commerson avec l’appui de Regnault et Vachier. En 1785, le roi Louis XVI lui accorde une pension. Cet acte symbolique du roi récompense à la fois le caractère exceptionnel de cette femme et l’importance de ses travaux scientifiques. Jeanne Barret meurt le 5 août 1807 aux Graves, laissant un héritage scientifique désormais reconnu.
Sources:
1. Jeanne Barret : le valet intrépide (defense.gouv.fr)
2. Site Jeanne Barret (jeannebarret.free.fr)


