Susan Travers (1909-2003)

Susan Travers

Née dans une famille d’aristocrate, Susan Travers aurait pu profiter des distractions à la mode dans les « Années folles ». Épris de liberté, la jeune femme choisit une autre voie et s’engage dans les combats de la Seconde Guerre mondiale. Conductrice héroïque à Bir Hakeim et unique femme incorporée à la Légion étrangère, « La Miss » a bravé les mines comme les préjugés. Ce portrait retrace l’épopée d’une pionnière insoumise qui, par pur refus du conformisme, a transformé sa quête d’indépendance en une légende militaire hors du commun.

Une jeunesse de garçon manqué

Susan Travers est née le 23 septembre 1909 à Londres dans une famille de la haute bourgeoisie. Elle est la fille de Francis Eaton Travers, amiral de la Royal Navy, et d’Eleanor Catherine Turnbull, issue de l’aristocratie britannique. En 1921, sa famille s’installe sur la Riviera française, à Cannes, dans un hôtel de style provençal. Ce cadre cosmopolite lui permet de rencontrer Suzanne Lenglen, de maitriser parfaitement le français et de progresser dans la pratique du tennis.

Susan manifeste rapidement un tempérament indépendant. Défiant les usages de l’époque, son père lui apprend personnellement à conduire et à réparer une automobile. C’est également son père qui pousse Susan à pratiquer du sport à haut niveau sans pour autant la complimenter pour ses progrès.

Dans les années 1930, Susan Travers mène une existence trépidante à travers l’Europe, entre compétitions de tennis, plaisirs mondains et liaisons multiples. Refusant de regagner le domicile familial, elle rejoint son frère pianiste à Vienne, d’où elle s’élance pour skier dans le Tyrol ou jouer au tennis à Budapest. En quête liberté, Susan fréquente les lieux de villégiature souvent vêtue de vêtements masculins.

La Seconde Guerre mondiale

Lorsque éclate la guerre en 1939, Susan Travers y voit l’opportunité de donner un sens à sa vie. La Croix-Rouge quant à elle va lui en donner l’occasion. L’organisation recrute et forme des jeunes filles pour devenir infirmière-ambulancière. Après avoir obtenu son diplôme, Susan rejoint en 1940 un groupe de six ambulances et une dizaine d’infirmières en Finlande. Au retour de cette expédition, elle entend l’appel du général de Gaulle et décide de le rejoindre à Londres.

L’été 1940, Susan rejoint les Forces françaises libres (FFL) tout d’abord à Douala au Cameroun puis à Libreville au Gabon. Surnommée « La Miss », elle devient la conductrice du docteur Lotte et traverse les déserts d’Érythrée et de Palestine au volant d’une Humber. Malgré les pannes, les bombardements et la misogynie de certains officiers, son endurance force le respect des légionnaires. De la prise de Massawa aux combats en Syrie, Susan s’impose par son courage et sa résilience, refusant de céder sa place malgré l’épuisement et les dangers constants.

Susan Travers en Afrique du Nord
© Musée de l’Ordre de la Libération

Fin mai 1942, à Bir-Hakeim, le général Marie-Pierre Kœnig ordonne l’évacuation des femmes, mais Susan Travers refuse de se mettre à l’abri. Le 27 mai, l’Afrika Korps lance une attaque d’envergure pour venir à bout de ces Forces françaises libres. Pendant deux semaines, sous plus de 1 400 bombardements de la Luftwaffe, la 1re brigade française libre ne cède pas. Le 10 juin, lors de l’évacuation, Susan mène héroïquement la colonne à travers les champs de mines et les nids mitrailleuses. À 11 h 30, les rescapés atteignent les lignes britanniques, le véhicule du général Kœnig est criblé d’impacts et hors d’usage.

Rien ne prédestinait cette jeune aristocrate, habituée aux courts de tennis de la Riviera, à devenir une légende de guerre. Pourtant, Susan Travers a pulvérisé tous les préjugés sur les femmes en ayant participer à ces rudes combats avec la Légion étrangère.

« La Miss » n’était pas seulement la conductrice du futur Maréchal de France. Ce n’est que bien plus tard que Susan révélera sa liaison passionnée et clandestine avec le général Kœnig.

La seule femme de la Légion étrangère française

Après la libération, Susan Travers postule pour intégrer officiellement la Légion étrangère. Profitant d’un formulaire omettant la mention du sexe, elle s’appuie sur ses états de service et son grade de sergent-chef pour motiver sa candidature auprès de la commission.

Poursuivant sa carrière militaire, « La Miss » est affectée en Tunisie et gère le foyer des légionnaires à Sousse. Elle y rencontre Nicolas Schlegelmilch, un sous-officier alsacien dont la joie de vivre la séduit. En 1946, le couple rejoint l’Indochine où Susan assure le ravitaillement puis l’évacuation des blessés. Après son mariage et la naissance de leur fils François en 1947 à Saïgon, elle décide de quitter l’institution pour se consacrer à sa vie de famille. Elle troque alors son uniforme de militaire contre celui de mère et d’épouse, mettant un terme à une épopée militaire exceptionnelle.

Vie personnelle

La vie de Susan Travers est également marquée par sa liaison avec le général Marie-Pierre Kœnig. Elle a reçu de nombreuses distinctions, notamment la Croix de Guerre, la Médaille Militaire et, tardivement, la Légion d’honneur en 1996. Après la guerre, elle mène une vie plus discrète, s’installant dans la région parisienne.

Elle attend la fin de sa vie pour briser le silence sur son passé héroïque. En 2000, Susan Travers publie ses mémoires, permettant au grand public de découvrir son parcours hors du commun. Susan Travers s’éteint le 18 décembre 2003 à l’âge de 94 ans. Elle laisse derrière elle l’image d’une battante qui a su se forger un destin de légende au sein de l’une des institutions les plus fermées au monde.

Biographe: « Tant que dure le jour » Edition Plon, 2001 – ISBN 9782259192897

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