Micheline Ostermeyer (1922-2001)

Micheline Ostermeyer

Rares sont les personnalités qui ont atteint le plus haut niveau dans deux domaines aussi exigeants que la musique et le sport. Pianiste virtuose et championne olympique, Micheline Ostermeyer mène de front deux carrières d’exception, sans jamais renoncer ni au clavier ni au stade. Premier Prix du Conservatoire de Paris et double championne olympique aux Jeux de Londres en 1948, elle demeure une figure unique de l’histoire française, incarnant avec une même exigence le talent, la discipline et le dépassement de soi.

Une enfance entre piano et sport

Micheline Ostermeyer est née le 23 décembre 1922 à Rang-du-Fliers dans le Pas-de-Calais. Son père, Henri Ostermeyer, occupe successivement la fonction de directeur d’un centre d’orphelins puis d’ingénieur à la Société des Potasses d’Alsace. Sa mère, Odette Laroche, est professeure de piano. Son grand-père, Lucien Laroche, est également pianiste et fondateur du conservatoire municipal de Vannes.

Dès l’âge de quatre ans, la jeune Micheline commence l’étude du piano. Les heures d’exercice se succèdent avec régularité et lui permettent de donner ses premiers récitals alors qu’elle est encore enfant. Cette formation précoce lui ouvre les portes du Conservatoire de Paris en 1935. Les professeurs imposent une méthode de travail exigeante et une discipline quotidienne qui deviendra un atout dans sa future carrière sportive. Son talent de pianiste est finalement récompensé en 1945 par le Premier Prix du Conservatoire de Paris.

A partir de 1929, Micheline Ostermeyer passe son enfant entre Paris et Tunis. Au cours de sa scolarité dans le protectorat français, elle découvre la pratique régulière du sport. Le basket-ball, les sauts et les différentes épreuves de lancer viennent progressivement compléter les longues séances consacrées au piano. Interrogée sur cette double activité, elle résumera elle-même son quotidien par une formule restée célèbre : « Je fais du piano cinq heures par jour et du sport cinq heures par semaine. »

Une championne olympique

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Micheline Ostermeyer s’engage pleinement dans l’athlétisme de haut niveau tout en refusant de se limiter à une seule discipline. Si le lancer du poids devient son épreuve de référence, elle pratique également le lancer du disque, le saut en hauteur et le 60 mètres, une polyvalence exceptionnelle à cette époque.

Dès 1945, elle remporte ses premiers titres de championne de France. L’année 1946 confirme son ascension : aux championnats d’Europe d’Oslo, elle décroche la médaille d’argent du lancer du poids et s’impose parmi les meilleures lanceuses européennes. La même année, elle établit un record de France du saut en hauteur en franchissant 1,61 mètre, améliorant d’un centimètre la performance réalisée quelques jours plus tôt par Anne-Marie Colchen lors des championnats d’Europe d’Oslo. Cette réussite illustre sa capacité rare à exceller aussi bien dans les disciplines de puissance que dans celles exigeant explosivité et coordination.

En 1948, les Jeux olympiques de Londres consacrent une championne hors norme. À Wembley, elle dispute le lancer du disque, le lancer du poids et le saut en hauteur. Bien que novice au disque, où la favorite est l’Italienne Edera Cordiale-Gentile, auteure d’un lancer à 41,17 mètres, elle établit un record de France avec 41,92 mètres et remporte la médaille d’or olympique. Elle conquiert ensuite une seconde médaille d’or au lancer du poids, avant de décrocher la médaille de bronze au saut en hauteur malgré la fatigue.

Le soir de son premier titre, au Victoria College, où séjourne la délégation féminine française, elle donne à Londres un concert consacré à Beethoven, interprétant notamment l’Appassionata (Sonate n° 23 en fa mineur, op. 57). Avec deux médailles d’or et une médaille de bronze, Micheline Ostermeyer réalise l’une des plus grandes performances du sport français. Émue par La Marseillaise, elle confiera : « Quand j’ai entendu retentir La Marseillaise, j’ai compris que ce n’était vraiment pas une compétition comme les autres. » Ces Jeux marquent également la participation d’Alain Mimoun, symbole du renouveau de l’athlétisme français.

Une pianiste au talent exceptionnel

Suite à une blessure, Micheline Ostermeyer met progressivement fin à sa carrière d’athlète de haut niveau. En 1952, elle épouse René Ghazarian. Pour subvenir aux ressources de sa famille (deux enfants sont nés de cette union), Micheline va enchainer les concerts et devenir professeur de solfège au conservatoire de Lorient. Après la mort de son mari en 1965, elle rejoint l’École nationale de musique de Saint-Germain-en-Laye dans laquelle elle enseigne jusqu’à sa retraite. Parmi ses élèves, plusieurs feront une carrière internationale, notamment Hélène Berger.

En 1992, sous l’impulsion de Nelson Paillou, Micheline Ostermeyer est décorée de la Légion d’honneur pour l’ensemble de son parcours. Micheline Ostermeyer s’éteint en 2001 à l’âge de soixante-dix-huit ans. Son parcours s’inscrit dans l’histoire plus large du sport féminin, dont le développement international a notamment été favorisé par l’action d’Alice Milliat. En démontrant qu’une femme pouvait atteindre le plus haut niveau dans le sport tout en menant une carrière artistique exigeante.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *