
Issu d’une famille colmarienne, Auguste Bartholdi est l’un des plus fameux sculpteurs du XIXᵉ siècle. Célèbre pour avoir conçu La Liberté éclairant le monde, l’artiste conçoit des œuvres monumentales porteuses de symboles, de mémoire et de valeurs collectives, tout en affirmant un profond attachement à l’Alsace. De la Statue de la Liberté au Lion de Belfort, en passant par le monument du général Rapp, la fontaine Bruat et de nombreuses statues, bustes et sculptures, Bartholdi développe une œuvre d’une grande diversité. Composée d’environ 35 monuments et de multiples créations commémoratives en France et à travers le monde, son oeuvre illustre la richesse d’un artiste qui a puisé son inspiration dans l’hommage patriotique, la mémoire des hommes et la célébration de la liberté.
Une enfance entre Colmar et Paris
Frédéric Auguste Bartholdi est né le 2 août 1834 à Colmar dans une famille de la bourgeoisie alsacienne. Son père, Jean-Charles Bartholdi, conseiller de préfecture, épouse en 1829 Charlotte Beysser, héritière de biens fonciers originaire de Ribeauvillé. La famille, de confession protestante luthérienne, appartient aux notables de Colmar et mène une vie mondaine provinciale. Malheureusement Jean-Charles Bartholdi meurt en 1836, laissant son épouse seule avec deux enfants, Jean-Charles et Auguste. À la mort de son père, Charlotte Beysser décide d’aller vivre à Paris tout en conservant la maison familiale à Colmar (aujourd’hui le musée Bartholdi). Les séjours réguliers en Alsace permettent à Auguste de conserver un lien profond avec sa région natale.

De 1843 à 1851, Auguste Bartholdi étudie au lycée Louis-le-Grand à Paris. Parallèlement, sa mère l’inscrit dans l’atelier du peintre Ary Scheffer, où celui-ci décèle chez Bartholdi une vocation de sculpteur. Après l’obtention de son baccalauréat en 1852, Auguste se lance directement dans cette voie sans passer par les Beaux-Arts. Un an plus tard, afin qu’il puisse s’installer, sa mère lui achète un atelier rue Vavin, où il exercera son activité pendant près de quarante ans. La personnalité de Bartholdi se construit progressivement entre ses séjours à Colmar et sa formation parisienne.
L’influence des voyages
En octobre 1855, Auguste Bartholdi entreprend un voyage d’études en Orient avec les peintres Jean-Léon Gérôme et Édouard-Auguste Imer. Jusqu’en juin 1856, Il parcourt l’Égypte, remonte le Nil jusqu’à Assouan, puis poursuit seul son périple vers le Yémen et l’Éthiopie, avant de rentrer en France à la mi-juin 1856. La découverte des temples et des colosses de l’Égypte ancienne marque profondément le jeune sculpteur et confirme son goût pour les œuvres monumentales. De retour en France, il transpose cette expérience dans plusieurs créations orientalistes, notamment La Lyre chez les Berbères, présentée au Salon de 1857.
Durant les années 1860, Bartholdi multiplie les projets et les commandes publiques. Il participe à des concours pour des monuments, parfois avec succès, parfois avec difficulté. Ses projets témoignent déjà d’une ambition : créer des œuvres capables d’occuper l’espace public et de transmettre un message durable.
À Colmar, la Fontaine Bruat, inaugurée en 1864, confirme sa réputation. En 1869, le Jeune vigneron alsacien montre également son attachement aux traditions de sa région. Au Salon de 1870, il présente le modèle définitif en plâtre du Vercingétorix, une œuvre consacrée à la résistance de la Gaule face aux armées de Jules César.

La guerre franco-prussienne de 1870
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 bouleverse profondément la vie d’Auguste Bartholdi. Très attaché à l’Alsace, il voit avec douleur sa région natale annexée à l’Empire allemand par le traité de Francfort en 1871. Pendant le conflit, il s’engage comme capitaine dans l’armée des Vosges de Giuseppe Garibaldi, dont il devient officier d’ordonnance (aide de camp). Cette expérience militaire renforce son patriotisme et marque durablement sa conception de la sculpture monumentale.
Après la défaite française, son œuvre prend une dimension plus symbolique. Au-delà de leur qualité artistique, ses monuments cherchent désormais à incarner des idéaux tels que la liberté, la résistance, la mémoire nationale ou l’espérance.
À la fin de 1871, Bartholdi effectue son premier voyage aux États-Unis. Soutenu par Édouard de Laboulaye, il étudie les sites susceptibles d’accueillir un monument destiné à célébrer l’amitié franco-américaine et les valeurs communes de liberté. Ce séjour marque le véritable point de départ du projet de La Liberté éclairant le monde, future Statue de la Liberté.
Bâtisseur de symboles

Réalisée avec la collaboration de l’ingénieur Gustave Eiffel pour sa structure interne, la statue est construite en France, offerte aux États-Unis, puis inaugurée à New York le 28 octobre 1886. Elle devient rapidement l’un des monuments les plus célèbres au monde. Depuis la Lady Liberty est le symbole de la liberté, de l’espoir et du rêve américain.
Parallèlement, Bartholdi réalise le Lion de Belfort entre 1872 et 1880. Sculpté au pied de la citadelle, il rend hommage à la résistance héroïque de Belfort durant le siège de 1870-1871. La puissance de ce lion, blessé mais toujours vigilant, en fait l’une des images les plus fortes du patriotisme français après la défaite.
La renommée de Bartholdi s’affirme alors définitivement. Quelques semaines après l’inauguration de la Statue de la Liberté, il est élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur en 1886. Il poursuit ensuite de grandes commandes publiques, notamment la Fontaine des Terreaux, inaugurée à Lyon en 1892, puis le Monument de Strasbourg à Bâle en 1895, nouvelle évocation du destin de l’Alsace après son annexion.
Jusqu’à sa mort, le 4 octobre 1904, Bartholdi demeure profondément attaché à l’Alsace et à sa ville natale de Colmar. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse. Marqué par la guerre de 1870, Bartholdi trouve dans la sculpture le moyen d’exprimer son attachement à la liberté, à la mémoire et au patriotisme.
Sources:
1. Decouvrir bartholdi (Musee Bartholdi)
2. Frédéric Bartholdi (cheminsdememoire)


