
Louis Oscar Roty est le plus célèbre graveur et médailleur de la Troisième République. Formé aux arts décoratifs et récompensé par le Prix de Rome, il consacre son talent à la représentation du mouvement et des idéaux républicains. Son œuvre la plus célèbre est la Semeuse dont la gravure a été utilisée sur les monnaies françaises de 1897 à 2001.
Naissance d’un artiste
Louis Oscar Roty est né le 11 juin 1846 dans la commune de Belleville qui sera annexée par la suite au 20ème arrondissement de Paris. Fils d’un modeste instituteur, le jeune garçon rêve de devenir un artiste peintre. Une anecdote banale va changer le destin de Oscar Roty. Sa mère avait économisé en secret une pièce de 10 francs or afin d’acheter le matériel nécessaire aux études de peinture. Seulement voilà, avant d’avoir pu acheter les fournitures, l’adolescent perd la pièce et se voit contraint de changer de formation.
En 1864, Oscar Roty entre à la petite École, future École nationale des arts décoratifs. Le professeur Horace Lecoq de Boisbaudran entraîne les élèves à retenir rapidement un geste, une posture ou une expression avant d’en tracer les contours. Roty affine ainsi le dessin du profil humain et développe un sens aigu du mouvement.
Le jeune artiste fréquente également l’atelier du sculpteur Augustin-Alexandre Dumont. Burin, cire, plâtre et matrices occupent désormais les journées du futur médailleur. Au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, Roty étudie monnaies grecques, portraits romains et camées antiques afin de comprendre l’équilibre des profils et la finesse du bas-relief.
Le concours du Prix de Rome domine alors la vie artistique française. En 1869, Roty obtient une mention dans la catégorie gravure en médailles et pierres fines. Le jury lui attribue ensuite la deuxième place en 1872. Trois ans plus tard, en 1875, Oscar Roty remporte enfin le Premier Grand Prix de Rome.
Reconnaissance officielle
En 1878, Oscar Roty épouse Marie Boulanger, fille du ferronnier d’art Pierre François Marie Boulanger. L’artisan avait participé aux pentures de la porte centrale de Notre-Dame de Paris, restaurées sous la direction de Viollet-le-Duc.
Les administrations républicaines multiplient alors les commandes. Ministères, sociétés savantes, chambres de commerce et expositions universelles cherchent des graveurs capables de représenter la République moderne. En 1886, Roty grave la médaille du centenaire de Michel-Eugène Chevreul. D’autres œuvres honorent ensuite Louis Pasteur, Henri Bouley, la République française ou encore l’Exposition nationale et coloniale de Rouen de 1896.
À l’Exposition universelle de Paris de 1888, vitrines et présentoirs exposent désormais les œuvres de Roty parmi les créations majeures des arts décoratifs français. La même année, l’artiste entre à l’Académie des beaux-arts.
Les distinctions officielles suivent rapidement. Un décret du 29 décembre 1885 nomme Roty chevalier de la Légion d’honneur. Le 29 octobre 1889, la République le promeut officier. Le 14 décembre 1890, l’État lui attribue enfin le grade de commandeur.
La Semeuse

n 1887, le ministère de l’Agriculture commande à Oscar Roty une médaille de récompense. Dans l’atelier parisien, le graveur dessine alors une jeune femme avançant dans le vent tout en jetant des graines. Roty conserve les esquisses, reprend le modelage du drapé et retravaille plusieurs fois le profil féminin.
Après la chute du Second Empire, les autorités républicaines veulent renouveler l’image des monnaies françaises. Les anciennes effigies paraissent trop solennelles et trop figées pour symboliser la République. Le ministère des Finances lance alors un nouveau programme monétaire destiné aux ateliers de la Monnaie de Paris.
En 1896, Roty reprend la figure abandonnée de la semeuse. Le graveur simplifie les contours afin de faciliter la frappe industrielle des pièces. Le burin réduit certains détails du drapé pour éviter une usure trop rapide du relief. Chaque ligne doit rester lisible malgré la circulation quotidienne des monnaies.
Dans le quartier de Montparnasse, plusieurs proches de l’artiste évoquent l’inspiration fournie par une jeune Italienne nommée Rosalina Pesce ou Rosalinda Pesce. D’autres photographies d’atelier montrent également le modèle professionnel Charlotte Ragot, employé par Roty pour plusieurs études de mouvement.
En 1897, les ateliers de frappe livrent les premières pièces d’argent à l’effigie de la Semeuse. Banques, cafés, marchés, bureaux de poste et commerces diffusent bientôt dans toute la France les monnaies gravées par Roty. Ouvriers, paysans, employés et voyageurs manipulent désormais chaque jour le profil de la jeune femme marchant dans le vent.
La nouvelle monnaie résume plusieurs valeurs de la Troisième République : travail agricole, lumière, continuité nationale et confiance dans l’avenir. Là où les anciennes effigies restaient immobiles et hiératiques, Roty fait désormais avancer la République dans le vent.
À partir de 1903, l’administration des Postes reprend la Semeuse pour les timbres français. Lettres administratives, cartes postales et correspondances privées transportent alors le dessin de Roty dans les villages, les gares, les ports et les grandes villes du pays.
Un graveur d’exception
Au début du XXe siècle, les ateliers de la Monnaie de Paris frappent encore les modèles gravés par Roty. Expositions, collections publiques et vitrines de musées présentent désormais ses médailles comme des œuvres majeures du renouveau décoratif français.
En 1905, le Salon attribue à Oscar Roty la médaille de sculpture. Pour la première fois, cette distinction récompense un graveur en médailles. Les arts du métal obtiennent ainsi une place nouvelle dans les grandes institutions artistiques françaises.
Dans l’atelier parisien, Roty poursuit le travail jusqu’aux dernières années. Matrices, coins monétaires, plâtres et modèles en cire restent disposés autour des établis utilisés pour les commandes officielles. Le graveur meurt le 23 mars 1911 dans le 6e arrondissement de Paris. Les obsèques conduisent ensuite la famille au cimetière du Montparnasse.
La gravure de la Semeuse a été utilisé jusqu’en 2001 sur les pièces de 2 francs !
Sources
1. Un graveur dans la République (fondation-oscar-roty)


