
Le saxophone est né d’un défi acoustique majeur : fusionner la puissance des cuivres et la souplesse expressive des bois. Breveté à Paris en 1846 par l’inventeur belge Adolphe Sax, cet instrument en laiton est composé de cinq parties: le bec (anche), le bocal, le corps, la culasse et le pavillon.
Un garçon surnommé Sax le revenant
Adolphe Sax, de son vrai nom Antoine-Joseph Sax, est figure fascinante de la musique du XIXᵉ siècle. Inventeur belge du saxophone, facteur d’instruments de génie, il naît à Dinant, en Belgique, le 6 novembre 1814. Son père, Antoine-Joseph Sax, est lui-même facteur d’instruments, spécialisé dans la facture instrumentale des instruments de musique à vent. C’est donc au cœur des ateliers, entre limes, anches et tubes de métal, que le jeune Adolphe développe très tôt une connaissance empirique du fonctionnement des cuivres et des bois.
Dans sa ville natale, on le surnommait « Sax le revenant ». La liste de ses accidents domestiques frôle l’incroyable : il tombe d’un escalier de trois étages et se cogne la tête contre une pierre, il avale par erreur une aiguille, il est brûlé par l’explosion d’un baril de poudre dans l’atelier de son père, et manque de se noyer dans un fleuve. Sa propre mère disait de lui : « C’est un enfant condamné au malheur ; il ne vivra pas. »
Formé au Conservatoire Royal de Bruxelles, il devient un flûtiste et clarinettiste de talent. Son génie se révèle dès 1835 lorsque Adfolphe Sax s’intéresse à la clarinette. Doté d’une oreille exceptionnel, Adolphe se sert de sa compréhension fine de l’acoustique musicale pour améliorer la clarinette basse. Il déposera deux brevets à ce sujet en 1936 et en 1938.
L’invention du saxophone
Le saxophone naît officiellement avec le dépôt de son brevet d’invention à Paris, le 22 juin 1846. Cette invention musicale est une prouesse : unir la puissance des instruments de cuivre et la souplesse expressive des instruments de bois. De plus, le saxophone est fabriqué en laiton, ce qui est déroutant lorsque l’on essaie de trouver une classification à l’instrument de musique. Pourtant, sur le plan organologique, il appartient à la famille des instruments à vent dite des bois, car le son est produit par une anche simple, comme pour la clarinette.
Cette ambiguïté reflète toute l’originalité de l’instrument. Capable de rivaliser avec les cuivres en puissance sonore tout en conservant une grande expressivité, le saxophone est pensé pour enrichir les orchestres de la musique classique du XIXᵉ siècle. Hector Berlioz, fervent défenseur d’Adolphe Sax, écrit en 1842 : « Son timbre est plein, moelleux, vibrant, d’une force énorme et susceptible de nuances délicates. »
La « bataille des Saxons et des Carafons »
En 1842, Adolphe Sax s’installe à Paris, alors capitale européenne de la musique. Il y ouvre un atelier, mais ses débuts sont difficiles. Les orchestres classiques se montrent méfiants envers le saxophone jugé trop audacieux. L’évenement décisif sera un concours organisé par l’armée française en 1845.
Adolphe Sax est convaincu que le saxophone et le saxhorn donneraient un ‘coup de jeune’ aux orchestres de l’armée. Le compositeur Michele Carafa est d’un autre avis et s’oppose saxophone. Pour départager les deux camps, l’armée organise un concours au Champ-de-Mars. Devant 20 000 specteurs, l’orchestre des Saxons (Adolphe Sax) et l’orchestre des Carafons (Michele Carafa) interprètent les mêmes œuvres.
Le verdict est sans appel : les instruments de Sax offrent plus de puissance, de précision et d’équilibre. La victoire est éclatante, l’armée française adoptent officiellement le saxophone et le saxhorn pour les fanfares et les harmonies militaires.
Un génie prolifique mais une vie difficile

L’inventeur ne s’est pas arrêté au saxophone. Il a créé toute une galaxie d’instruments : le Tuba wagnérien, le saxtuba, et la saxotromba. Son influence sur le développement du saxophone et des autres cuivres a posé les bases de l’orchestration moderne. Malgré le soutien indéfectible de Gioachino Rossini ou de Jules Demersseman, Sax vit un calvaire. Ses concurrents, jaloux de ses brevets, l’attaquent sans relâche en justice. Ils tentent de prouver que le saxophone n’est qu’une copie, harcèlent ses ouvriers, et sabotent ses usines.
Adolphe Sax enseigne brièvement au Conservatoire de Paris, mais là encore, la reconnaissance reste partielle. Lorsqu’il meurt à Paris en 1894, il est presque oublié du grand public.
Le saxophone trouve sa place au XXᵉ siècle avec l’essor du jazz. Par sa large tessiture, sa puissance sonore et sa capacité à imiter les inflexions de la voix humaine, il devient l’instrument privilégié des jazzmans. De Coleman Hawkins à Charlie Parker puis John Coltrane, le saxophone s’impose comme l’une des signatures majeures du jazz.

