
Alice Milliat a dédié sa vie à faire reconnaître la place des femmes dans le monde du sport. Militante infatigable, elle s’est battue pour l’égalité des sexes et pour faire ouvrir les portes des stades à la gent féminine. Son engagement a non seulement marqué l’histoire du sport féminin mais continue d’inspirer des générations de femmes athlètes pour l’égalité dans le sport
Une pionnière du sport féminin
Fille d’épiciers, Alice Joséphine Marie Million est née le 5 mai 1884 à Nantes. À 19 ans, elle devient institutrice dans une famille anglaise et déménage avec eux à Londres. Le 10 mai 1904, Alice épouse au consulat de France un employé de commerce, Joseph Milliat, qui meurt quatre ans plus tard. A tout juste 24 ans, Alice Milliat se retrouve veuve et décide de rentrer à Paris pour occuper un poste de sténographe-interprète.
Marquée par sa découverte de la société britannique et par le combat des suffragettes, Alice rejoint le club féminin Fémina Sport. Bien qu’elle n’ait pas été une passionnée de sport dans sa jeunesse, Alice Milliat choisit de se consacrer à l’aviron. Cette discipline demande force et endurance, qualités qui lui seront forts utiles face aux réticences du CIO.
Le face à face Alice Milliat Pierre de Coubertin
Après la guerre, le sport se structure. Le baron Pierre de Coubertin, rénovateur des Jeux Olympiques modernes, est alors au sommet de sa gloire. Mais pour lui, l’Olympisme est une affaire d’hommes. Sa vision est claire, presque caricaturale : les femmes sont là pour couronner les vainqueurs, pas pour concourir.
Face à lui, Alice Milliat ne se démonte pas. En 1919, elle demande officiellement l’inclusion de l’athlétisme féminin aux Jeux d’Anvers de 1920. La réponse du CIO est un « non » catégorique. Coubertin, loin d’être un cas isolé, exprime le mépris de toute une élite lorsqu’il déclare :
S’il y a des femmes qui veulent jouer au football ou boxer, libre à elles, pourvu que cela se passe sans spectateurs, car les spectateurs qui se regroupent autour de telles compétitions n’y viennent pas pour voir du sport.
On accuse les sportives d’exhibitionnisme, on craint pour leur fertilité, on se moque de leur technique. Puisque le CIO leur ferme ses portes, Alice Milliat va organiser des compétitions réservées aux femmes. En mars 2021 se tient à Monte-Carlo le meeting d’éducation physique féminin international. Face au succès rencontré, elle crée la Fédération sportive féminine internationale (FSFI) dont elle devient la présidente.
Le pari audacieux du Stade Pershing

Le 20 août 1922, Alice Milliat organise à Paris, au stade Pershing, les premiers « Jeux Olympiques Féminins ». L’événement est un pari risqué. Les critiques prédisent un fiasco ou un spectacle de foire.
Bien au contraire, cinq nations y participent (États-Unis, Tchécoslovaquie, Grande-Bretagne, Suisse et France) et des records du monde sont battus. Plus 20 000 spectateurs se pressent dans les tribunes pour acclamer les 77 sportives. La presse internationale est forcée de constater que le public adore le sport féminin.
Alice Milliat a gagné la première manche : elle a prouvé la viabilité économique et populaire de l’athlétisme féminin. Elle réitérera l’exploit en 1926 à Göteborg, en 1930 à Prague et en 1934 à Londres, attirant à chaque fois des foules de plus en plus denses.
Retour au métier d’interprète
Pour éviter que les Jeux Olympiques Féminins ne fassent de l’ombre aux compétitions masculines, le CIO accepte d’intégrer cinq épreuves d’athlétisme féminin aux Jeux d’Amsterdam en 1928. C’est une victoire historique, par contre le revers de la médaille est amère. En échange, le CIO exige que Milliat et sa fédération renoncent à utiliser le terme « Olympique » pour leurs propres compétitions.
Alice Milliat continue de se battre, mais la montée des tensions internationales dans les années 30 et des problèmes de santé l’épuisent. En 1936, sa fédération cesse ses activités. Elle se retire de la vie publique, travaillant comme secrétaire et traductrice, presque oubliée par le monde sportif qu’elle a pourtant révolutionné.
L’héritage de Alice Milliat
Alice Milliat meurt le 19 mai 1957 dans un relatif anonymat. Il faudra attendre l’année 2020 pour que son nom ressorte des archives. Son rôle dans l’essor du sport féminin est officiellement reconnue. La statue d’Alice Milliat trône désormais au cœur de la Maison du sport français à Paris, aux côtés de celle de Pierre de Coubertin. Aujourd’hui chaque athlète féminine qui s’élance sur une piste, que ce soit pour un sprint de 100 mètres ou un marathon, le doit en grande partie à la détermination d’Alice Milliat.


