
La carrière de Georges Cabanier reflète les principaux défis auxquels la France est confrontée au XXᵉ siècle. Sous-marinier dès les années 1930, commandant du Rubis pendant la Seconde Guerre mondiale, puis officier engagé dans le Pacifique, il participe activement à la modernisation de la Marine nationale avant d’en devenir le chef d’état-major. Le parcours de Georges Cabanier s’inscrit dans celui d’une génération de militaires animés par un profond sens du devoir.
De la terre à la mer
Né le 21 novembre 1906 à Grenade, en Haute-Garonne, Georges Cabanier grandit dans une famille de propriétaires terriens. Si les archives disponibles demeurent discrètes sur son enfance et son environnement familial, elles établissent qu’il choisit très tôt la carrière des armes. Il intègre l’École navale en 1925, à une période où la Marine nationale poursuit sa modernisation après les enseignements de la Première Guerre mondiale.
À l’issue de sa formation, Georges Cabanier embarque en 1927 sur le croiseur-école Jeanne d’Arc avant de servir sur plusieurs bâtiments de la Marine nationale, notamment les avisos Du Couëdic et Duperré, puis le transport La Seine. Ces premières affectations, qui le conduisent notamment dans l’Atlantique, aux Antilles, aux Bermudes, à Terre-Neuve et aux Açores, lui apportent une solide expérience de la navigation, à l’image de Jeanne Barret, première femme à avoir fait le tour du monde.
Au début des années 1930, Georges Cabanier s’oriente vers la carrière de sous-marinier. Après sa formation à l’école des officiers torpilleurs, il rejoint en 1932 les sous-marins Achéron puis Saphir. Sa progression est rapide. Promu lieutenant de vaisseau en 1934, il est affecté sur l’Orion, avant de rejoindre en 1936 le Surcouf, alors le plus grand sous-marin du monde. Cette affectation lui permet de perfectionner sa maîtrise des opérations sous-marines et du commandement.
Commandant du Rubis

En 1938, Georges Cabanier reçoit son premier grand commandement avec le sous-marin mouilleur de mines Rubis. Basé d’abord à Cherbourg puis à Bizerte, le bâtiment est l’un des fleurons de la flotte sous-marine française.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Georges Cabanier commande déjà le Rubis. Au début de 1940, le sous-marin est envoyé en Grande-Bretagne, où il est successivement basé à Harwich puis à Dundee. De là, il mène des opérations de mouillage de mines sur les côtes de Norvège, notamment dans le chenal de Trondheim. Ces missions sont particulièrement périlleuses : elles imposent au bâtiment de naviguer discrètement au cœur de zones contrôlées par les forces allemandes.
Le retour du Rubis à Dundee, le 30 juin 1940, intervient dans un contexte dramatique. La France vient de demander l’armistice. Quelques jours plus tard, le 10 juillet 1940, Georges Cabanier choisit de poursuivre le combat en ralliant la France libre avec son équipage. La biographie officielle de l’Ordre de la Libération souligne que « le ralliement à la France Libre est en grande partie l’œuvre de son commandant ». Cette décision engage durablement sa carrière et fait du Rubis l’un des sous-marins les plus actifs des Forces navales françaises libres.
Le bâtiment poursuit alors ses opérations offensives, notamment dans les fjords norvégiens, où ses champs de mines provoquent plusieurs pertes dans les convois allemands. L’ancien membre d’équipage Jean-Pierre Babin qualifiera plus tard les hommes du Rubis d’« officiers d’élite et sous-mariniers d’une valeur exceptionnelle », soulignant le professionnalisme de cet équipage engagé dans des missions à haut risque.
Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique
Promu capitaine de corvette en janvier 1941, Georges Cabanier quitte le Rubis quelques mois plus tard pour rejoindre le Pacifique. Il devient commandant de la Défense du Pacifique avant d’exercer les fonctions de chef d’état-major auprès de l’amiral Thierry d’Argenlieu, haut-commissaire des possessions françaises du Pacifique.
Devenu capitaine de frégate en mars 1943, il reçoit ensuite le commandement du croiseur auxiliaire Cap des Palmes. Intégré à la 3e flotte des États-Unis, le bâtiment assure l’escorte des convois entre la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, participant à la sécurisation des lignes de communication alliées dans le Pacifique.
En 1945, Georges Cabanier représente la France à la Conférence de San Francisco, qui jette les bases de l’Organisation des Nations unies. Cette mission diplomatique marque la transition entre son rôle d’officier combattant et les responsabilités de haut commandement qu’il exercera après la guerre.
Chef d’état-major de la Marine
À son retour en France en 1945, Georges Cabanier retrouve l’École navale, cette fois comme commandant. Il participe à la réorganisation de la formation des futurs officiers dans une Marine engagée dans sa reconstruction après six années de guerre. Deux ans plus tard, il reprend la mer en prenant le commandement de la Jeanne d’Arc, symbole de la formation navale française.

Sa carrière prend ensuite une dimension internationale. Nommé attaché naval à Washington en juillet 1949, il est promu contre-amiral en janvier 1951. En mars 1954, il reçoit le commandement de la Marine en Indochine, alors que le conflit touche à sa phase finale. Revenu en France en février 1956, il dirige successivement l’état-major particulier du secrétaire d’État à la Marine puis le GASM après sa promotion au grade de vice-amiral.
En juin 1958, dans le contexte du retour au pouvoir du général de Gaulle, Georges Cabanier devient chef d’état-major de la Défense nationale. Deux ans plus tard, le 1er juillet 1960, il est élevé au grade d’amiral et nommé chef d’état-major de la Marine.
Parallèlement à ses responsabilités de commandement, Georges Cabanier demeure attaché au souvenir du Rubis. En 1957, alors que le sous-marin doit être démoli après son désarmement, il intervient pour préserver sa mémoire. Il obtient que le bâtiment soit volontairement immergé avec les honneurs au large des côtes françaises afin qu’il continue de servir comme cible sonar. Après avoir quitté le service actif, il devient membre de l’Académie de Marine puis exerce les fonctions de Grand Chancelier de la Légion d’honneur de 1969 à 1975.
Georges Cabanier meurt à Paris le 26 octobre 1976. Conformément à sa volonté, ses cendres sont dispersées au-dessus de l’épave du Rubis, au large du cap Camarat. Ce dernier hommage résume le parcours d’un officier dont toute la carrière fut placée sous le signe d’un même engagement : servir la France sur toutes les mers du monde.
Sources:
1. Sous-marin Rubis (FNFL) (Francelibre)
2. Georges Etienne Jules CABANIER (laRoyale)
